Entretien avec Philippe Guiraud, coordinateur Open Data du Ministère de l'Intérieur
Publié le 07/09/2012
Data.gouv.fr poursuit sa démarche d'interviews de coordinateurs au sein des ministères participants au rassemblement des données publiques. Lors de notre rencontre avec Philippe Guiraud (Ministère de l'Intérieur), ce dernier nous a parlé de l'implication dans la démarche de l'Open Data du ministère dont il est responsable.
1/ Quelle est votre fonction, actuellement, au sein du ministère de l'intérieur?
Je suis actuellement conseiller auprès du délégué à l’information et à la communication et plus particulièrement chargé de coordonner et développer le projet open data au sein du ministère de l’intérieur.
En confiant cette mission à la délégation à l’information et à la communication (Dicom), le secrétaire général du ministère de l’intérieur a ainsi voulu montrer combien ce projet pouvait être un moyen pertinent pour répondre à l’exigence de transparence à l’égard des citoyens mais aussi en direction des acteurs de l’économie numérique.
2/ Comment organisez vous la collecte de données au sein de votre ministère ? Quelle organisation avez-vous mis en place pour cette collecte ?
Dès le lancement en interne du projet il y a à peine un peu plus d’un an le ministère de l'intérieur a mis en place de façon pragmatique une gouvernance spécifique pour assurer, de façon pérenne, le recensement et la transmission des données sur data.gouv.fr.
Cette gouvernance repose sur un mode de fonctionnement en réseau liant étroitement le coordinateur aux « référents open data » désignés dans chacune des principales directions centrales, au sein des délégations dont le ministère assure la tutelle ainsi qu’à la préfecture de police. Ainsi, le ministère compte aujourd’hui 15 référents.
Des réunions internes et bilatérales avec Etalab permettent de faire un point régulier sur les données collectées, de lever les difficultés rencontrées et de définir des objectifs, en général, pour le semestre à venir.
3/ Avez-vous des relations avec les autres coordinateurs de l'administration?
Oui, soit dans le cadre de réunions des coordinateurs organisées par la mission Etalab, soit dans un cadre moins formel que nous venons récemment d’initier. Ces échanges sont à différents égards essentiels. Ils permettent d’abord, de consolider le lien fonctionnel avec la mission Etalab afin de s’informer des développements même du projet, de consolider nos méthodes de travail, de surmonter les difficultés rencontrées par les différents ministères qu’elles soient techniques ou autres, de proposer de nouvelles solutions communes et améliorations concernant l’ergonomie générale de la plateforme ou du fonctionnement du back office…
Les profils des coordinateurs sont très variés et la fonction de coordination d’un projet open data récente et très spécifique. Aussi, au-delà de ces rencontres disons fonctionnelles avec la mission Etalab, il est apparu nécessaire de manière plus informelle de mieux se connaitre, de partager nos premières expériences et de confronter nos points de vue pour donner un sens commun à nos démarches. A ce titre nous nous sommes rencontrés à deux reprises depuis le lancement du projet gouvernemental.
4/ Quel intérêt voyez vous à l'ouverture des données publiques, initiée par la mission Etalab?
L’ouverture des données publiques s’inscrit et contribue pleinement à ce mouvement de production massive de données ou Big data qui caractérise aujourd’hui l’univers numérique et façonne déjà l’internet et le travail des medias de demain.
Dans ce contexte de prolifération des données, les initiatives engagées par Etalab mais aussi par les collectivités territoriales souvent pionnières dans cette démarche ou par les entreprises publiques, doivent être considérés avant tout comme un gage de transparence et de démocratie déterminant pour les évolutions à venir.
Mais si l’intérêt de l’ouverture des données publiques est d’abord de s’adresser à l’ensemble des citoyens il réside, bien sûr, dans l’encouragement à la réutilisation des données pour imaginer et produire les services utiles à la collectivité.
5/ Avez-vous en tête un jeu de données publiques que vous avez mis à disposition sur www.data.gouv.fr et que vous jugez pertinent pour les citoyens?
Il est difficile de faire un choix dans la mesure où chaque jeu de données à un intérêt ou une pertinence propre qui est finalement celle que le réutilisateur final lui accorde et qui n’est pas forcément celle du producteur.
Notre objectif a été d’offrir un socle de données le plus large et le plus pertinent possible dès l’ouverture du site. A ce jour, 244 jeux de données ont été collectés et publiés dont 63 nouveaux depuis janvier 2012. Ces données publiées, régulièrement mises à jour, correspondent aux principaux domaines de compétences et d’intervention du ministère de l’intérieur qu’il s’agisse de la sécurité intérieure avec notamment la liste des points d’accueil du public de la police et de la gendarmerie, des données relatives à l’accidentologie ou au permis à point (sécurité routière), aux interventions des sapeurs pompiers dans les départements, à celles relatives à l’immigration ou à l’intercommunalité, aux résultats électoraux depuis 10 ans ou aux données relatives aux associations et fondations d’utilité publique…nous avons pu présenter, dès le lancement de data.gouv.fr, un socle de données couvrant les grands domaines d’action du ministère de l’intérieur.
Figurent également, les données publiées par la préfecture de police de Paris qui s’est conjointement engagée dans la démarche open data en publiant notamment de nombreux jeux de données comme la liste des centres de secours de la brigade des sapeurs pompiers de Paris, la liste des lieux de dépose des objets trouvés, les emplacements des fourrières, les emplacements des caméras de vidéo protection…
6/ Que pensez vous de l'initiative data connexions, la communauté des acteurs de l'innovation, lancée par Etalab en février 2012 pour encourager le développement d'un écosystème de l'open data en France?
La démarche open data ne se limite pas à la seule mise en ligne des données publiques. L’ouverture vers la communauté numérique en est le prolongement naturel surtout dans la phase de consolidation qui suit l’ouverture d’un site comme data.gouv.fr. En ce sens, l’initiative data connexions constitue un réel encouragement pour les développeurs et toute la communauté numérique. La créativité et la richesse des projets récompensés lors de la première édition du printemps 2012 en attestent.
Mais cette initiative peut s’avérer également stimulante pour les ministères producteurs souvent éloignés de l’écosystème de l’open data. Tout en créant de nouvelles synergies ils appréhenderont mieux ainsi l’impact de leur engagement sur l’économie numérique.
7/ Très concrètement, quel type d'applications pourraient être utiles selon vous, à partir de la réutilisation de données publiques en provenance du ministère de l'intérieur ?
Le ministère de l’intérieur et la préfecture de police de Paris attendent beaucoup de la diversité des données déjà en ligne et proposées aux développeurs. Certaines applications portées par des initiatives privées ont déjà vu le jour à partir notamment des données électorales. Mais on peut aller encore plus loin et imaginer des applications plus « citoyennes » dans le domaine de la sécurité, notamment, avec par exemple la réutilisation des données relatives à l’accidentologie de la route, voire également dans des domaines plus spécifiques avec les données relatives aux associations ou l’intercommunalité…, voire localisées avec les données fournies par la préfecture de police de Paris.