Entretien avec Philippe CROS, coordinateur du Ministère de l'Agriculture

Entretien avec Philippe CROS, coordinateur open data du Ministère de l'Agriculture

Publié le 05/12/2011

Etalab a impulsé une dynamique de travail et de collaboration approfondie avec les administrations, pour coordonner l'ouverture des des données publiques et concevoir la plateforme Data.gouv.fr. Des coordinateurs ont été choisis au sein de chaque ministère notamment, pour être de véritables correspondants Open Data et rassembler l'ensemble des données publiques de leur champ de compétence ministérielle.

Philippe Cros, coordinateur du Ministère de l'agriculture, nous explique comment il a activement contribué au lancement de data.gouv.fr, et nous parle d'Open data.

1/ Quelle est votre fonction actuellement, au sein du ministère de l'agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire ? 

J’occupe le poste de président du conseil des systèmes d’information (CSI).

L’extrait suivant  texte de l’arrêté de création du 20 janvier 2004 montre une belle anticipation :

« […] Le conseil est saisi pour avis :

- de toutes les évolutions du schéma directeur des systèmes d’information de ses membres, et notamment de toutes les prescriptions relatives aux ressources matérielles et logicielles, ainsi qu’aux cadres communs d’interopérabilité des systèmes d’information ; 

- préalablement au lancement de toute nouvelle application concernant le ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, financée sur crédits ministériels, destinée à être déployée dans les services du ministère ou requérant une interopérabilité avec d’autres applications du ministère ; 

- du dictionnaire des données du ministère ; 

- des critères de mise à disposition du public des informations produites par l’administration centrale, les services déconcentrés et les établissements d’enseignement. 

Il examine régulièrement l’évolution des échanges interactifs mis en oeuvre par les services et établissements et coordonne les actions d’adaptation aux besoins signalés.  […] »

Aussi au delà de son rôle de veiller à la cohérence des systèmes d’information, de mutualisation et d’échange de pratiques entre maîtrises d’ouvrage métier le CSI est le promoteur d’une politique des données au service de la stratégie ministérielle.

2/ Vous avez récemment été chargé de coordonner l'ensemble de la collecte des données publiques relatives au ministère, dans le cadre de la mission Etalab, chargé de créer data.gouv.fr, l'open data des données publiques. Comment organisez vous cette collecte  de données? Avez vous des relations avec les autres coordonnateurs d'Etalab?

Les structures centrales du ministère et les établissements publics qui lui sont rattachés sont environ une vingtaine, elles sont de taille très variable. Le choix a été fait que la mise à disposition des données sur data.gouv.fr serait effectuée par chacune des structures qui a de ce fait nommé un correspondant Etalab.

Ainsi la mission du coordinateur Etalab du ministère de l’agriculture ressemble-t-elle plus à l’entraînement d’une équipe qu’à de la simple mise en oeuvre technique.

J’ai consacré à cet « entraînement » l’essentiel de mon temps disponible pour ce projet ce qui explique que j’ai eu peu d’échanges avec les autres coordinnateurs, mais cela va venir rapidement après l’ouverture du site, nous y sommes préparés : le ministère en charge de l’agriculture et celui en charge de l’écologie ont déjà une longue histoire commune dans le domaine des données notamment géographiques.

3/ Quel intérêt voyez vous dans le lancement de la plateforme data.gouv.fr ? 

Le choix fait par le gouvernement de mettre à disposition en un même  point d’accueil identifié les données publiques  pour réutilisation, et ce gratuitement, a donné un caractère immédiatement compréhensible et opérationnel à la seconde partie de « la loi CADA » de juillet 1978, mettant ainsi un terme à des choix difficiles suscités par des demandes externes en croissance constante.

Si les retombées économiques à venir de data.gouv.fr sont certaines, elles restent  aujourd’hui difficilement estimables. Le ministère de l’agriculture est cependant confiant et décidé à faire partager son expérience et à s’engager dans des opérations pilote.

Il y a eu parallèlement un effet interne immédiatement ressenti par les directions générales : la mise à disposition et la diffusion de données est également au service de la stratégie des décideurs. Si ces derniers avaient depuis déjà quelque temps bien compris les enjeux au service des politiques du ministère qu’ils ont à mettre en œuvre, le pas semblait difficile à franchir.Etalab aura été le révélateur et le propulseur de cette dynamique d’ouverture des  données publiques.

Il ne faut pas croire que c’est si simple cependant.

Citons quelques uns des obstacles à vaincre pour chaque jeu de données : les contraintes imposées par les différents droits qui peuvent se révéler inhibitrices, le fait que de plus en plus les données sont co-produites obligeant ainsi à rechercher l’accord des partenaires, le format de l’affichage des données qui à la base est le plus souvent du pdf, l’existence de sites d’exposition sur Internet avec souvent des navigateurs spécifiques.

La plus grande difficulté technique réside sans doute dans le fait que les données sont le plus souvent produites dans des applications métier, et que pour les rendre réutilisables sur data.gouv.fr il faut intervenir « dans le dur » des applications métier, posant un sérieux problème de ressources.

4/ Pouvez vous nous donner un exemple concret d'un jeu de données que vous mettez à disposition de data.gouv.fr et que vous jugez pertinent pour les citoyens? 

data.gouv.fr va exposer aux citoyens directement et indirectement par le puissant relais des développeurs d’applications (notamment sur Mobiles) que la France est un grand pays agricole et agro-alimentaire, qu’il a beaucoup de forêts très diversifiées, que les professionnels de la pêche participent de façon interactive à la gestion de la ressource halieutique, que la sécurité alimentaire s’appuie sur un ensemble très complet de processus et de contrôles tant au plan animal que végétal.

Les illustrations sont comme vous le voyez nombreuses. C’est l’intérêt commun du ministère et des citoyens de cultiver la transparence sur ces sujets

Je retiendrai un exemple : l’INAO met en ligne sur data.gouv.fr la liste des communes sur lesquelles se trouvent des appellations d’origine (du vin, du fromage, des volailles, etc.). Il est évident que des applications pour mobiles feront très vite apparaître par couplage avec le GPS intégré quelles richesses gustatives offre le territoire dans lequel le citoyen en déplacement se trouve…

5/ A terme, comment imaginez vous l'évolution de l'open data public ? quel type d'applications utiles pourriez vous attendre de la diffusion de ces données dans votre univers précis?

Pour un ministère très territorial comme le mien, touchant très concrètement le vivant, avec des secteurs de compétences très variés la géolocalisation en mobilité est certainement un axe de développement très fort. Une prise en compte plus locale, à l’échelle d’une petite région ou d’un bassin versant,  des données agricoles, agro-alimentaires, foncières en croisement avec des données issues d’autres structures publiques comme les données environnementales permettront je le pense l’établissement d’un dialogue constructif entre les acteurs dans les territoires et les populations.

L’intégration de données locales (à l’échelle départementale) va devenir nécessaire avec ce que cela nécessite d’homogénéisation et de standardisation. C’est là un prochain chapitre à écrire de l’histoire d’Etalab et qui demandera une approche assez différente.