Entretien avec Guy Flament, coordinateur open data du Ministère du développement durable (MEDDTL)

Entretien avec Guy Flament, coordinateur open data du Ministère du développement durable (MEDDTL)

Publié le 16/04/2012

Après l'entretien de Philippe Cros (coordinateur au ministère de l'agriculture), Data.gouv.fr poursuit sa démarche d'interviews de coordinateurs au sein des ministères participants au rassemblement des données publiques. Lors de notre rencontre avec Guy Flament (Ministère de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement), ce dernier nous a parlé de l'implication dans la démarche de l'Open Data du ministère dont il est responsable

1/ Quelle est votre fonction actuellement, au sein du MEDDTL ?

J'occupe le poste de Conseiller au sein du cabinet du Secrétaire général.  Le rôle transversal du secrétariat général au sein du MEDDTL en fait un point d'entrée privilégié pour les relations avec Etalab.

La coordinatrice pour le ministère, Pascale Buch (adjointe au Secrétaire général), s'appuie naturellement sur le cabinet pour l'assister dans le suivi des dossiers importants, dont Etalab fait partie. Avec les autres conseillers, nous essayons d'être le plus polyvalent possible, mais mon profil technique, ma sensibilité aux nouvelles technologies et mon expérience passée au sein de l'IGN ont fait que je me suis fortement mobilisé sur ce sujet.

2/ Comment organisez vous la collecte  de données au sein du ministère ? Avez vous des relations avec les autres coordonnateurs d'Etalab?

A vrai dire, nous avons sans doute une position un peu privilégiée au MEDDTL, du fait de l'existence d'un service de l'observation et de statistiques rattaché au Commissariat général au développement durable, qui a été fortement mis à contribution.

Créé en 2008, cette équipe a fait un travail remarquable pour collecter, qualifier et mettre à disposition (notamment via le site http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr) de très nombreux jeux de données produits par le ministère.

Cette ouverture nécessaire sur les données publiques avait donc été très largement anticipée et lorsqu'Etalab a démarré, nous étions déjà fortement engagés dans la démarche. Notre approche est cependant plus informative, plus didactique. Le portail data.gouv.fr nous offre maintenant un autre canal de mise à disposition, plus axé sur la donnée brute, qui permet de toucher un autre public et de rendre la réutilisation de nos données plus efficace pour des développements applicatifs. 

Je rencontre assez régulièrement maintenant les coordonateurs des autres ministères et nous partageons la volonté d'apporter une réponse encore plus efficace aux enjeux de collecte, de normalisation et de complémentarité des données. Après une phase intense de démarrage, l'enjeu est maintenant d'inscrire les contributions des différents ministères dans la durée, d'intégrer cet axe dans les politiques que nous portons au quotidien.

3/ Quel intérêt voyez vous dans le lancement de la plateforme data.gouv.fr ?

J'en vois trois:

- Le premier, c'est le regroupement ( à terme)  au sein d'un même portail de toutes les données publiques accessibles, ce qui facilite la recherche de tous et permet de confronter rapidement des données provenant de différents acteurs publics.

- Ensuite, le fait de pouvoir accéder à des lots complets de données brutes favorise leur réutilisation. Généralement, la diffusion des données publiques est faite de manière très pédagogique, ce qui est nécessaire, mais elle est aussi présentée de manière fragmentée, ce qui rend le développement de nouvelles utilisations plus difficile. 

- Le dernier intérêt est pour moi la dynamique que crée cette plateforme. Cela nous oblige tous à repenser nos objectifs de diffusion d'information et à faire évoluer nos pratiques. La mise à disposition, essentiellement informative jusqu'à présent, doit maintenant aussi prendre en compte les besoins -exprimés ou non- des réutilisateurs.

4/ Pouvez vous nous donner un exemple concret d'un jeu de données que vous mettez à disposition de data.gouv.fr et que vous jugez pertinent pour les citoyens?

Il y en a beaucoup... l'exercice est difficile! Le MEDDTL étant avant tout le ministère du quotidien, avec dans son champ de compétence aussi bien l'écologie, le développement durable, les énergies nouvelles, le climat, la prévention des risques, les transports, le logement, les exemples sont nombreux et tous pertinents! 

Nous avons essayé de traduire cette diversité dès nos premières contributions en diffusant des données illustrant aussi bien la qualité de l'air que la valorisation des déchets, l'eau ou des séries sur les transports et l'immatriculation des véhicules. Chaque fois que cela a été possible, les séries possédant un historique sur plusieurs années ont été favorisées.  

A titre d'exemple, parce qu'il ne faut pas non plus oublier les contributions de nos établissements publics et parce qu'il s'agit en plus d'une avancée en terme de "libération" de données, l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) met à disposition la description géographique des unités administratives du territoire national. Ces données géographiques constituent le socle indispensable permettant de développer des applications géolocalisées à partir des données que l'on peut trouver sur data.gouv.fr.

5/ A terme, comment imaginez vous l'évolution de l'open data public ? quel type d'applications utiles pourriez vous attendre de la diffusion de ces données dans votre univers précis?

Il faut faire vivre la dynamique lancée par Etalab! Il s'agit maintenant, je le répète, pour les différents acteurs de s'inscrire dans la durée, de s'attacher à prendre systématiquement en compte cette exigence de mise à disposition de l'information. Mais au-delà de l'intégration de cet objectif dans nos missions, un travail important de normalisation reste à faire, notamment en terme de métadonnées.  

Par ailleurs, nous travaillons aussi sur l'amélioration des processus de mise à disposition, pour réduire le temps entre le moment où la donnée est disponible (c'est à dire produite, contrôlée et qualifiée) et le moment de sa publication. Pour certaines sources, une mise à disposition en temps réel est à l'ordre du jour. En ce qui concerne la mise à disposition de nouveaux jeux de données, je pense sincèrement que le mouvement impulsé va perdurer et permettre la publication de données inédites, voire de données jusqu'à présent commercialisées. Il est cependant nécessaire de se garantir contre les effets indésirables d'une libération de données irréfléchie, l'Etat ne pouvant prendre la responsabilité de déstabiliser un secteur économique en mettant gratuitement à disposition des données jusqu'à présent payantes, l'équilibre de la concurrence étant par nature fragile.

Il faut néanmoins trouver les moyens de stimuler de nouveaux secteurs innovants, pour lesquels la donnée représente souvent un investissement difficile à amortir. Cette équation est donc assez complexe...  En terme d'application,là aussi, le champ est vaste. Plus qu'un type d'applications particulier, nous attendons de la mise à disposition des données dans notre champ de compétence qu'elles puissent servir à tous, car elles concourent à une description objective de notre environnement. Cette objectivation est d'ailleurs un effet non négligeable de la volonté de transparence qui sous-tend la diffusion des données.

L'exemple de  l'Autorité de la qualité de service dans les transports (AQST) montre bien l'intérêt de la démarche. Ce qui a été mis en place pour les transports pourrait servir d'exemple pour d'autres domaines (qualité de l'air, traitement des déchets, logement...), et fournir au citoyen à la fois une mesure objective de la qualité de son environnement et des informations sur les politiques publiques qui sont menées sur son territoire. 

Je crois par ailleurs que la pertinence et la valeur ajoutée des applications qui seront développées tiennent à la fois de l'ingéniosité des entrepreneurs réutilisant les données qu'aux données elles-mêmes! En cela, la responsabilité des producteurs est énorme. Le succès des réutilisations de données publiques découlera aussi de notre capacité à raisonner en terme de réutilisation, et non plus simplement de réponse à nos besoins propres.